Quelques minutes plus tard, la
cavalière et sa monture jaillissaient comme des flèches de la ferme fortifiée. Galopant
à vive allure le long de la piste semée de pierres et de cactus desséchés, elles
atteignirent rapidement les premières dunes de l’erg. Ralentissant à peine, Zina
s’élança, dévala une pente, monta, plus lentement cette fois, vers une crête. Là,
Djiane se laissa glisser à terre et s’assit en tailleur sur le sable orangé.
Une lumière rougeoyante baignait le fortin et ses alentours, des fermes
protégées de la morsure du soleil par de hauts palmiers, un kan vétuste où se
dressaient, aux mois du Djinn et de la Lune, des tentes de laine brune
destinées à accueillir les caravanes venues du nord et de l’ouest.
Je vous souhaite la bienvenue dans ce blog consacré à mon nouvel univers de fantasy... et à ma résidence d'auteur - enfin, autrice - dans le cadre d'un dispositif appelé "auteur associé", en partenariat avec les Imaginales d’Épinal. Ce blog, régulièrement mis à jour, contiendra donc des extraits du travail en cours, des interviews (pas seulement de moi, rassurez-vous), des illustrations, des compte-rendus...
samedi 14 mai 2016
dimanche 8 mai 2016
Traces de Shâhra
| Plan provisoire |
Très provisoire, en fait. Je me suis aperçue que les citadelles n'étaient pas au bon endroit. Ni les montagnes, d'ailleurs. En même temps, dans ma première trilogie de fantasy, j'avais confondu l'est et l'ouest. Et au bac, j'ai fait impasse sur la géo... Shâhra est un monde avec des reg, des ergs, quelques oasis et des labyrinthes. Y-a-t-il besoin de s'y repérer avec des cartes, alors que ceux qui y vivent ont les étoiles pour guide ?
| Différents peuples |
... et le background d'un de mes principaux personnages. Qui, entre deux, a changé de tribu. Les chamanes sont nyambe, pas ezeraq. Ca change quoi, à ce stade ? Pas grand-chose, vu que le personnage en question a été arraché aux siens lors d'une razzia teshite. Vous vous demandez qui sont ces vils pillards esclavagistes ? Clic : ici. Vous en apprendrez un peu plus.
| Synopsis détaillé |
En tous cas, Shâhra se construit lentement mais sûrement, et je suis vraiment très très heureuse de me replonger dans la fantasy.
dimanche 1 mai 2016
Asylum (The End)
Après l'ouverture en dessin
de Nicolas Fructus, le premier épisode, ici , le deuxième là, le troisième de ce côté, le 4ème sur ce lien, le 5ème épisode en cliquant ici, le 7ème par-là, le 8ème en cliquant là,
le dernier épisode en cliquant, voici la conclusion du cadavre exquis
des Imaginales, qui a réuni 7 auteurs et un illustrateur autour d'une histoire...
étrange.
L'illustration de la fin, donc,... par Nicolas Fructus!
jeudi 21 avril 2016
Asylum (9)
... avec deux jours de retard, la faute à #AuteursDebout!
Après l'ouverture en dessin
de Nicolas Fructus, le premier épisode, ici , le deuxième là, le troisième de ce côté, le 4ème sur ce lien, le 5ème épisode en cliquant ici, le 7ème par-là, le 8ème en cliquant là, voici le dernier épisode de ce cadavre exquis
réunissant 7 auteurs et un illustrateur autour d'une histoire... étrange.Et dans dix jours, la conclusion en dessin de Nicolas Fructus!
Le visiteur n’a pas encore de visage, mais il a déjà
une odeur, délectable : celle des embruns, de la boucane et de la poudre à
canons. Toute peur s’évanouit en moi. On voudrait que je craigne cet
homme : un vieux loup de rêves, qui chevauche ses désirs d’une façon qui
m’est interdite. Mais moi, j’aime d’instinct tout ce qu’il exhale. Je n’ai plus
qu’une envie : le rejoindre au plus vite.
Soudain, la falaise s’effrite et s’effondre dans la
mer. Le boiteux disparait, emporté par le reflux d’une vague gigantesque.
Quelque chose me tire brutalement en arrière ; je retombe dans la
pesanteur de la bibliothèque. Le vent se mouche ; le livre se referme à
mes pieds, dans un claquement sec et définitif.
Je me débats en vain entre les pattes de deux
infirmiers robustes. Quelque part dans l’ombre, Peter pousse un piaulement
aigü :
« Voilà, je le savais ! s’indigne-t-il. Tu
l’as fait venir ! »
Une voix froidasse, désagréablement familière, coule
son frisson dans ma nuque :
« Alice, Alice… il a fallu que tu
recommences. Croyais-tu que je ne le saurais pas ?»
Je me tortille dans l’espoir de voir l’homme qui
parle. Mes tortionnaires me font pivoter pour me camper face à lui. Deux
froides coupelles de verre. Une peau blafarde, sous un tablier blafard. Le
docteur Thorn me toise de ses yeux fixes, des yeux de lémurien.
« Je me
doutais bien que ça arriverait. Tu finis toujours par aller trop loin. Tu ne
peux pas t’en empêcher. Tu as oublié ce qui s’est passé la dernière
fois ? »
Je voudrais rétorquer, mais un pincement dans la chair
de mon bras transforme cette intention en couinement misérable. Entre les
doigts de l’infirmière-chef, la seringue se vide peu à peu de son sérum. Déjà,
mes membres s’engourdissent…
« Bien sûr
que tu as oublié, chuinte le docteur, un sourire cruel aux lèvres. Une fois
encore... Les livres, Alice. C’est toi qui les rends vivants ! Tu les
laisses déborder dans ce monde... Tu crois toujours que ce sera beau, mais ça
finit forcément par ressembler à ton âme malade. Un jour, ça nous perdra
tous ! »
Je jette un œil au tapis : toujours trempé et
sablonneux, preuve que mes songes sont bien réels. Le docteur Thorn se penche
en avant, ramasse le volume de cuir et le jette dans l’âtre. Le crépitement des
pages qui brûlent me retourne le cœur : l’impression d’entendre mourir mes
oisillons. Puis l’aliéniste revient se pencher à mon oreille, plus glacial que
jamais :
« Jamais nous n’aurions dû te laisser revoir la
bibliothèque. Maintenant, il va falloir encore augmenter la dose, tu ne nous
laisses pas le choix. Il faut éteindre ces rêves, tu comprends ? Toi et
Peter… vos mondes… ils doivent absolument être contenus. Vous avez déjà causé tellement
de mal… »
Je baisse le front au fur et à mesure que la mémoire
achève de me revenir. Un fléau, voilà ce que je suis. Un cataclysme en
puissance. J’entends Peter tressaillir d’un rire silencieux, comme une
bouilloire qui fuit… si mon visage pouvait encore exprimer quelque chose, ce
serait une grimace de mépris. Cela fait longtemps qu’il s’est résigné, alors
vous pensez s’il se délecte de ma capitulation ! Mais il se
trompe lourdement : j’ai repris conscience de mes dons. Cette fois, je n’oublierai plus. Je m’en fais le serment.
Et tandis qu’on me conduit vers la cellule capitonnée,
je renouvelle silencieusement cette promesse : un de ces jours, je les
prendrai tous de vitesse. Je n’ai même plus besoin de livres pour le
faire : il me suffit d’imaginer. Je laisserai déferler ma mer sur ce lieu
sordide, et je les emporterai dans ma tempête. Puissent-ils tous en
crever !
Stefan
Platteau
Stefan Platteau est historien et auteur de spectacles d'histoire vivante. Manesh, premier roman, et premier opus d'une trilogie, Les sentiers des astres, a obtenu le prix Imaginales 2015. Il a récemment publié Dévoreur, court roman situé dans le même univers.
Stefan platteau est Coup de Coeur des Imaginales 2016.
vendredi 15 avril 2016
Mini-Interview : Raphael Granier de Cassagnac
D'abord....
Alors, très vite la tout de suite - il reste 7 jours - pour boucler au mieux ce financement participatif http://fr.ulule.com/20000-
Comment êtes-vous devenu directeur d'ouvrage dans la collection Ourobores ? Pourquoi ?
Par aventures successives. Ça a démarré avec Abyme, qui était
conçu comme un guide touristique d'une ville imaginaire... Il devait
servir aux rôlistes d'Agone mais être lisible indépendamment du jeu, et
même des romans de Mathieu Gaborit qui l'avait inspiré. C'est cette
contrainte qui nous a fait développer le concept d'un livre qui raconte
un univers, mais aussi une intrigue (voire plusieurs). Le livre est
finalement sorti bien après la fin du jeu de rôle, et il a eu son petit
succès. C'est ce qui a décidé Mnémos à continuer l'aventure, et à me
confier les rênes d'un nouveau livre-univers, cette fois sur Lovecraft
et ses contrées du rêve : Kadath, qui a vraiment bien marché. Et c'était
parti, avec Un An dans les airs inspiré de Jules Verne, et ainsi de
suite... La collection établie, Mnémos a commencé à recevoir des
propositions spontanées d'Ourobores comme le Cabaret des fées
désenchantées, que je n'ai pas directement dirigé. Et le dernier, Jadis,
fut un vrai régal d'écriture, avec sa dimension de jeu littéraire.
Vous avez également écrit, avec Mathieu Gaborit, un recueil de nouvelles se déroulant dans l'univers d'Abîme. Un faible pour l'écriture collaborative ?
Oui et non. L'écriture collaborative est stimulante pour moi, à cause des dead-lines qu'on s'impose les uns aux autres, du retour rapide sur le travail fourni, du foisonnement d'idées... La contrepartie est évidemment que le produit fini est moins personnel, et va sans doute moins puiser au fond de moi. Cela dit, pour la Confrérie des Bossus avec Mathieu, on a écrit à tour de rôle à plusieurs mois d'intervalle, et donc l'aspect collaboratif est assez léger.
Thinking Eternity et Eternity Incorporated, vos deux romans s'accompagnent d'un site web, où il est d'ailleurs possible d'écrire à certains de vos personnages... Univers romanesque ou réalité chorale ?
Plutôt univers romanesque. Le site web n'est là que pour prolonger un peu les romans. Il a démarré parce que j'avais la musique qui allait avec mon premier opus, composée par un ami, et que je voulais mettre à disposition quelque part. De fil en aiguille, j'ai trouvé du contenu à associer à chacun de mes six personnages principaux : des photos, des citations, ce genre de choses. Et c'est tout. Pas de vocation à élargir vraiment l'univers des romans, qui sont très centrés sur ces personnages, beaucoup plus que sur la réalité dans laquelle ils vivent.
Vous avez également écrit, avec Mathieu Gaborit, un recueil de nouvelles se déroulant dans l'univers d'Abîme. Un faible pour l'écriture collaborative ?
Oui et non. L'écriture collaborative est stimulante pour moi, à cause des dead-lines qu'on s'impose les uns aux autres, du retour rapide sur le travail fourni, du foisonnement d'idées... La contrepartie est évidemment que le produit fini est moins personnel, et va sans doute moins puiser au fond de moi. Cela dit, pour la Confrérie des Bossus avec Mathieu, on a écrit à tour de rôle à plusieurs mois d'intervalle, et donc l'aspect collaboratif est assez léger.
Thinking Eternity et Eternity Incorporated, vos deux romans s'accompagnent d'un site web, où il est d'ailleurs possible d'écrire à certains de vos personnages... Univers romanesque ou réalité chorale ?
Plutôt univers romanesque. Le site web n'est là que pour prolonger un peu les romans. Il a démarré parce que j'avais la musique qui allait avec mon premier opus, composée par un ami, et que je voulais mettre à disposition quelque part. De fil en aiguille, j'ai trouvé du contenu à associer à chacun de mes six personnages principaux : des photos, des citations, ce genre de choses. Et c'est tout. Pas de vocation à élargir vraiment l'univers des romans, qui sont très centrés sur ces personnages, beaucoup plus que sur la réalité dans laquelle ils vivent.
Quels sont vos projets ?
Ensuite,
j'écris en ce moment le troisième et
dernier roman dans l'univers des deux premiers. Et après, d'autres
ourobores vont pointer leur nez, et j'aimerais bien replonger dans
l'univers de Jadis, le temps d'une nouvelle ou d'un petit roman... Ce ne
sont pas les idées qui manquent, mais le temps !
Physicien, chroniqueur de rock, directeur d'ouvrage, Raphael Granier de Cassagnac est l'auteur d'une trilogie d'anticipation (en cours) dont le premier tome Thinking Eternity, a reçu le Prix du lundi 2014. Il prête également sa plume à l'inquiétant Sieur Hiéronymus de Jadis.
dimanche 10 avril 2016
Asylum (8)
Après l'ouverture en dessin
de Nicolas Fructus, le premier épisode, ici , le deuxième là, le troisième de ce côté, le 4ème sur ce lien, le 5ème épisode en cliquant ici, le 7ème par-là, voici le 8ème et avant-dernier épisode de ce cadavre exquis
réunissant 7 auteurs et un illustrateur autour d'une histoire... étrange.
Peter se rencogne dans son
fauteuil en cuir crevé. J'ai l'impression que le rembourrage qui dépasse par
les déchirures va l'avaler. Tant mieux. J'ai envie de lui tirer la langue.
J'étais si bien. Je me plaque les mains sur les oreilles, même si Peter ne me
parle plus. Même si Dame Bienséance s'est tue. Je baisse la tête est mon regard
s'arrête sur le livre.
Il est tombé sur le tapis. La chute ne l'a pas abîmé, il est refermé,
bien à plat sur le sol, comme si on l'avait posé là avec soin. Mon soulagement
me surprend. Je me serais... attachée à lui ? Sa couverture a changé, il me
semble, mais la lumière est si basse que j'ai du mal à voir. Ou alors c'est un
reliquat des drogues. Pourtant mon esprit me parait clair, plus qu'il ne l'a
été depuis... L'air sent le frais dans la bibliothèque, et un parfum piquant,
entêtant. Salé. Cette odeur devrait
me rappeler quelque chose, mais quoi ? Est-ce un effet des médicaments, ou du
livre ? Fébrile, je m'agenouille à côté de lui. Je tends la main, ma main
intacte. Je vais le toucher, je me retiens. Car la couverture évolue encore, en
un tourbillon de bleus et de verts, des couleurs fortes qui tranchent sur le
tapis passé. Prenant sur moi, j'effleure la reliure. Le livre s'ouvre aussitôt,
un vent froid et coupant s'échappe dans la bibliothèque, secoue les volutes de
poussière et fait trembler les pages des ouvrages sur les pupitres. Le
bruissement des feuilles envahit la pièce, on dirait que des centaines d'ailes
battent sous les voûtes, des flopées de mouettes s'envolent d'un seul
coup. Je crains que ça ne réveille les
autres. Je me recroqueville sur le tapis d'Inde. Roulée en boule, j'attends
d'inévitables remontrances. Rien ne vient. Je redresse la tête. Peut-être que
je délire, qu'en réalité je suis seule à percevoir tout ça, les arômes et les
sons, et les embruns sur mon visage, le goût de sel sur mes lèvres, et ce froid
vif qui transperce ma robe trop fine. En
réalité... Je ne tiens à pas plus que ça à la réalité. Puisque personne ne
m'en empêche, je me penche à nouveau sur le livre. Les illustrations
intérieures sont différentes aussi. A la place de mon histoire, de mon décor
familier, je découvre un océan, des falaises. Un des livres que j'ai lus,
contre lequel on m'a mis en garde. J'ai le titre sur le bout de la langue. Ce
n'est plus mon vécu que reprend l'étrange volume, mais la matière même de mes
rêves. A la trame du tapis d'Inde se mêlent de l'humidité et du sable. Ça me
vaudra une punition mais tant pis. L'image m'attire et me happe, je ne suis
plus vraiment dans la bibliothèque, pas dans le livre non plus. Entre les deux.
Un homme gravit le chemin des falaises. Un silhouette d'ombre qui boîte, une
béquille calée contre sa hanche. Une cape effilochée claque dans son dos tel un
mauvais présage. L'avertissement de Peter sous mon crâne : tu vas le faire venir. Alors je tremble, bien sûr, et j'ai peur,
mais moins que je ne devrais. Et si l'homme venait pour moi ? Une pensée
pernicieuse s'insinue dans mon esprit : est-ce que ce serait si mal ? Suivie
d'une autre idée, plus défendue encore, si c'est possible : la porte est-elle
le seul moyen de sortir d'ici ?
Estelle Faye
Actrice et réalisatrice, Estelle Faye est actrice boit trop de café, travaille tard dans la nuit et fréquente
des gens étranges. De temps en temps, elle écrit des histoires. Comme Porcelaine (prix Elbakin 2013). Ou La Voix des oracles (trilogie). Ou encore, Éclat de Givre. Estelle faye a été Coup de coeur des Imaginales en 2015.
La suite : le 20 avril prochain
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